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Pays Bigouden - Juin 2009

"Nous nous plaignons de la plupart de la noblesse de ce pays, qui nous maltraite en beaucoup d´occasions, tant pour corvées que pour champarts et pour droit de moulin" [Ref. n°1 p. 3]. Dans la grogne ambiante, peu après la révolte urbaine dite du "papier timbré", une révolte paysanne éclate le 6 juin 1675 dans la région de Briec et Châteaulin. Le marquis de Lacoste, lieutenant du Roi pour la Basse-Bretagne, est blessé à Châteaulin sur la place du marché par un tir de fusil. Deux semaines plus tard, la révolte des "Bonnets Rouges" éclate en Pays Bigouden. Tout commence à Combrit le 23 juin 1675. Le seigneur du manoir du Cosquer est molesté et laissé pour mort dans un fossé. Par la suite plus de 150 paroisses prendront part à la révolte. Un quartier général est établi dans la chapelle de Tréminou. En septembre, les troupes du roi arrivent et matent la révolte. En représailles, un certain nombre de révoltés sont pendus, envoyés aux galères ou reçoivent des amendes. Le duc de Chaulnes fait décapiter six clochers: Combrit, Lambourg, Languivoa, Lanvern, Tréguennec et St-Honoré. Emblème de la révolte, le drapeau rouge ne pourra plus flotter sur ces clochers.

C´est ainsi que l´église Saint-Jacques de Lambour (commune de Pont-l´Abbé) a perdu son clocher. A la Révolution elle est désaffectée et se dégrade. Le dernier pardon a lieu en 1896. Le monument est classé monument historique la même année. Toujours la même année, la municipalité républicaine fait enlever le toit dans le but semble-t-il, de le restaurer. La mort d´un ouvrier chargé de démonter le toit déclenche l´arrêt des travaux. La municipalité conservatrice suivante considère que le monument est sans intérêt et abandonne l´édifice à son sort. Le dernier projet de restauration date de 1987. Le projet était même bouclé et les crédits débloqués pour coiffer Lambour d´un toit de verre. La municipalité de l´époque a préféré y renoncer.

L´église de Lambour a été construite au XIVe siècle par l´atelier de Pont-Croix. Son style est caractéristique: piliers à faisceaux de colonnettes et chapiteaux généralement feuillagés. Les cornes qui ornent parfois les chapiteaux sont également caractéristiques de cet atelier. Les motifs animaux sont moins communs. On trouve ici au fond de l´église une scène de chasse (chiens poursuivant des cerfs et chasseur portant un cor). La choeur est séparé de la nef par un arc diaphragme. La façade ouest date du XVIe siècle. Elle est décorée d´un bateau de pêche avec tout son équipage. Au bas de l´église, la cheminée date également du XVIe siècle. Elle servait peut-être aux pèlerins qui s´abritaient dans l´église.

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Dans l´après midi, nous nous rendons à la chapelle de Languivoa en Plounéour-Lanvern. C´est une autre chapelle du XIVe siècle construite dans le style de Pont-Croix et décapitée par le duc de Chaulnes en 1675. On note une première restauration dès le XIVe siècle. Le 1er décembre 1386, le pape Clément VII accorde des indulgences pour la restauration de la chapelle de la Bienheureuse Marie de Languëouez [ref n°2 p. 7]. La chapelle est agrandie en 1633 et vendue en 1796. Elle est correctement entretenue jusqu´en 1930. Ensuite la toiture se dégrade. Le dernier pardon a lieu en juin 1944. En 1955 la commune de Pont-l´Abbé souhaite l´acheter pour créer un lieu de culte dans son Lycée et elle échappe de peu à la démolition. En 1967 la chapelle est en ruines. Serge Duigou réalise dans le cadre d´un concours, un dossier sur cette chapelle en péril. L´article sera primé, publié et lu par Denis Menardeau qui va prendre en charge la restauration complète de la chapelle. Avec ses jeunes élèves de la Société Arts et Couleurs de Nantes, il commence un long travail qui aboutira à la pose du toit en 1983. Les premiers travaux de restauration se font dans l´incompréhension. On est à une époque où il est de bon ton de se débarrasser des "vieilles choses". En 1968, l´association "Les Amis de Languivoa" est lauréate du Concours des Chefs-d´oeuvre en péril. Peu après, la visite à Languivoa d´Edmond Michelet, ministre de la culture en 1969, et surtout de celle de Georges Pompidou, Président de la République en 1972, agiront comme un électrochoc dans la population. Ne s´était-on pas laisser berner par des idées neuves? Languivoa ne méritait-elle pas d´être sauvée?

Languivoa c´est un témoin des débuts de l´école de Pont-Croix. Les premières arcades du choeur sont en plein-cintre alors que les suivantes sont en tiers-point. On est ici à la transition entre le Roman et le Gothique, vraisemblablement à la fin du XIIIe siècle. Toutes les décorations sont feuillagées. La polychromie est encore visible. La statue de Notre-Dame de Languivoa remonte peut-être aux origines de la chapelle. Elle est en albâtre polychrome. C´est une Vierge allaitant. Les vitraux datent de 1985. Les cartons ont été offerts par l´artiste belge Piet Evers. La réalisation est due à l´atelier de Charles Robert.

La chapelle de Lanvern en Plounéour-Lanvern est un ancien prieuré de l´abbaye de Landévennec. Lanvern était une paroisse dès le XIVe siècle. Quand l´église paroissiale édifiée à cette époque s´est écroulée, c´est la chapelle que nous voyons aujourd´hui qui est devenue église paroissiale. En 1827, Lanvern était une commune mais on ne put trouver de maire parce qu´il fallait quelqu´un sachant lire et écrire. La décision fut donc prise de fusionner Lanvern et Plounéour ce qui donna naissance à Plounéour-Lanvern. La chapelle de Lanvern est également un édifice de l´atelier de Pont-Croix. Le clocher a été décapité par le duc de Chaulnes.

Les visites ont été assurées par S. Duigou et J. Peuziat.

Références

  1. Lambour en Pont-l´Abbé. un quartier, une église, un projet
    S. Duigou
    Editions Ressac. Quimper. 1987
  2. Notre-Dame de Languivoa
    D. Ménardeau
    Association de Sauvegarde de Languivoa. 1995


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